Übersetzung von Gedichten von Michel Vallois


QUELQUES POEMES DU RECUEIL DE

ROSE AUSLÄNDER


BLINDER SOMMER


TRADUITS PAR

MICHEL VALLOIS



DANS LE VILLAGE DE CHAGALL


Pignons de guingois
suspendus à
l’horizon

La fontaine somnole
éclairée par
des yeux de chat

La fermière
trait la chèvre
dans l’étable de rêve

Bleu
le cerisier du toit
où le vieillard barbu
joue du violon

La fiancée
regarde dans l’œil de fleurs
flotte sur son voile
au-dessus de la steppe nocturne

Dans le village de Chagall
la vache broute
le pré de lune
des loups d’or
protègent les agneaux



MON ROSSIGNOL


Ma mère fut autrefois une biche
Les yeux mordorés
la grâce
lui sont restés de ce temps

Ici elle était
moitié ange moitié homme –
au milieu une mère

Comme je lui demandais ce qu’elle aurait voulu être
elle dit : un rossignol

Maintenant c’est un rossignol
nuit après nuit je l’entends
dans le jardin de mon rêve éveillé
Il chante la Sion des ancêtres
il chante la vieille Autriche
il chante les montagnes et les forêts de hêtres
de la Bucovine
Des berceuses
me chante nuit après nuit
mon rossignol
dans le jardin de mon rêve éveillé


LE PERE


A la cour du rabbin miraculeux de Sadagora
mon père étudiait les difficiles secrets
Ses papillotes bruissaient de légendes
il tenait dans les mains la forêt hébraïque

Les arbres de lettres saintes étendaient leurs racines
de Sadagora à Cernowitz
Le Jourdain se jetait dans le Pruth en ce temps-là –
mélodies magiques dans l’eau
Mon père les chantait apprenait et chantait
l’héritage des ancêtres s’enracinait
dans la forêt et les eaux

Derrière les saules près du moulin
l’échelle du rêve était appuyée au ciel
Jacob livrait combat aux anges
sa volonté toujours triomphait

De Sadagora à Cernowitz et
retour à la Sainte Cour les miracles circulaient
se nichaient dans l’âme
Le garçon apprenait le ciel connaissait les
dimensions des anges leurs distances et leur nombre
était versé dans les arcanes de la Cabbale

Un jour à dix-sept ans il voulut
voir l’autre côté
alla dans la ville profane
en tomba amoureux
lui resta lié


HASSID DE SADAGORA


Vieillard de quatre-vingts ans
Sa barbe était blanche prière
sur la poitrine

Sur son caftan
les anges se reposaient
de l’effort des vols terrestres
La couronne de sabbat
le streimel
était sa seule parure

Paupières baissées
son regard entouré de voiles
habitait la synagogue

Lundi et jeudi jeûne :
léger soit le corps
sa nourriture : la louange
se balancer au rythme des
prières bibliques et d’autres
paroles saintes

Peu de paroles –
ne pas commenter le monde des apparences
ne pas y toucher par intérêt grossier
les phénomènes sont des ombres
de l’Etre (on ne prononce pas le Nom !)
que ton esprit soit serviteur

Dans le double rouleau de la Tora
se trouvent lumière et chant
l’histoire du peuple parle
Regarde l’aimée :
dans son habit de velours brodé d’or et
la parure qui la couronne
tes lèvres peuvent la baiser
tu peux la tenir dans tes bras
et danser avec elle danser
à la gloire du Seigneur

Le hassid de Sadagora dansait
avec les autres hassidim


ENFANCE I


Il y a de nombreux anniversaires
quand nos parents
permettaient aux anges
de dormir dans nos lits d’enfants –
oui mes chers
nous allions bien alors

Pas un coin
qui n’abritât un miracle :
Forêt aux lutins montagne en pâte d’amandes
éventail où était plié
le ciel

Oui mes chers
nous avions beaucoup d’amis alors
Aisés nous pouvions nous
offrir une île
même un ange

Il y a de nombreux anniversaires
quand la terre était encore ronde
(pas anguleuse comme maintenant)
nous en faisions le tour
en patins à roulettes
d’un seul élan
sans reprendre haleine

Oui mes chers
au foyer Il était une fois
nous allions bien alors
Les parents volaient avec nous
dans l’éventail étoilé
nous achetaient des billets
pour le pays de pain d’épice
et nous donnaient envie
de prodiguer le monde


SOUCCOT


Dans un jour de septembre
je découpe le noyer plein de lait

Feuillage qui rend vert le jour
jour vert qui me
change en feuille
décalquée dans la rosée

Du soleil poussent veines
asters blé maïs

Un manège de moustiques
tourne autour du ciel
sonnailles de troupeau
ma mère en fichu de dentelle rend grâce pour la récolte
sous la tonnelle flottante et légère

La peau de la cabane verdoie
la manne tombe sur la table
de la grappe roussie
le vin goutte

Dans l’enlacement des branchages
je repose
feuille de noix
vert psaume grimpant


PRUTH


Les cailloux du Pruth grésillaient
griffaient nos plantes de pied
de fugitives empreintes

Narcisses couchés sur le miroir de l’eau
nous nous tenions dans nos bras

Couverts la nuit par le vent
le lit rempli de poissons
la lune poisson rouge

Chuchotements de papillotes :
le rabbin en caftan et streimel
entouré de hassidim aux yeux jubilants

Oiseaux – nous ne connaissons pas
leurs noms leur cri
attire et effraie
Notre plumage aussi est prêt
nous vous suivons
au-dessus des champs de maïs
des synagogues qui se balancent

Retour au Pruth toujours

Radeaux
(de bois ou de caroube ?)
qui descendez le Pruth
Où donc courez-vous
quand nous restons ici seuls
avec les pierres ?

 
 
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